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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 07:50

Du Focascaph à l’Aquaphot…Du Royal Mistral au Souplair… ?

« Mesdames et Messieurs, nous vous prions d’attacher vos ceintures, nous allons atterrir dans quelques minutes à l’aéroport de Campo del Oro… » La sensuelle voix de l’hôtesse du Breguet deux ponts continue à nous énumérer la température, vitesse du vent…tout ce qui m’attend sur cette Île de Corse que j’ai la joie de revoir en cette année 1958.fcs 1

Je me suis installé dès le décollage de Marignane dans un fauteuil de hublot sur le côté gauche de l’appareil.

Je vois donc défiler sur bâbord, les îles Sanguinaires et la côte nord du golfe d’Ajaccio.

Un bruit brutal, le train d’atterrissage vient de sortir, le régime des moteurs diminue pour reprendre dans un long hurlement lors de la reverse destiné à freiner le volumineux aéroplane.

Quand j’arrive à la porte, le vent soufflant dans le bon sens éloigne les odeurs de carburant et apport à mon odorat délicat, cette odeur et ces fragrances du maquis corse dont Napoléon disait que l’on arrivait à le percevoir jusqu’à vingt mille au large.

Je retrouve donc la Corse que j’avais connue en 1952, alors que je participais à un camp des Éclaireurs de France, ce mouvement de scoutisme laïque auquel j’appartenais.

Mais que suis-je venu faire à Kalliste ( la plus belle disait ainsi les Grecs)

Revenons au titre de ce texte destiné à faire revivre l’histoire d’un matériel de plongée de ces années lointaines. Il y a trois heures, j’étais chez mon ami Georges BEUCHAT, rue Jean Mermoz à Marseille où, aux côtés de son associé Malaval, il venait de me vendre un caisson Focascaph destiné à un appareil 24 X 36 Foca, le tout monté sur un flash Rebikoff.

Ceci car, jeune entrepreneur au sein de l’entreprise SUBA, créée avec mes amis Bernard Cabrejas et Georges Imbert, je venais de décrocher une commande de reconnaissance de fonds marins. Ces travaux étaient destinés au dossier que venait de mettre en place la société Leredu pour exécuter la pose d’un émissaire en mer pour un ensemble d’immeubles d’Ajaccio, le Parc Berthaud. Ce fut, entre cette première prospection et les travaux auxquels je participais par la suite, une belle aventure. C’est une autre tranche d’histoire que je raconterais une autre fois. Revenons en au Focascaph.

Georges Beuchat, chasseur sous marin, possédait une entreprise de fabrication de matériel de plongée. Amoureux d’un monde sous-marin tout neuf, comme nous l’étions tous à l’époque, il entendait le faire partager et avait dans ce dessein mis au point un caisson pour l’appareil FOCA, ce 24 x 36 concurrent français du Leica allemand.fcs 3

Il commercialisait donc, à cet effet, le boîtier Tarzan. Il avait choisi pour personnaliser sa marque le nom de ce héros  de la jungle africaine. Nous étions tous férus des aventures de Johny Weissmuller, de sa compagne Jane, de sa guenon Cheeta. Sans oublier les  éléphants qu’il faisait intervenir, sautant et bondissant de lianes en arbres,  surtout en poussant un hurlement symptomatique qui ravissait nos oreilles adolescentes. Ce, alors qu’il se trouvait lui et surtout sa frêle et voluptueuse compagne en passe de se faire occire ou dévorer par des tribus africaines qui avaient toujours ce mauvais rôle dans la distribution du film.

Le caisson Tarzan eut un succès certain mais très court. En grande partie parce que la société de production américaine des films sur « Tarzan le seigneur de la jungle », la Métro Godwin Mayer fit un procès à mon ami Georges BEUCHAT qui dû abandonner ainsi cette marque célèbre. Là aussi c’est une autre histoire dont je parlerais peut-être un jour. Je m’éloigne…fcs 2

Devant cet adversité condamnant son premier appareil, Georges Beuchat perfectionne son idée et va créer le premier caisson de photographie subaquatique moderne, le Focascaph. 

Il reprend le concept du précédent Tarzan, mais avec d’importantes améliorations, surtout dans les commandes dont l’étanchéité est maintenant assurée par des joints thoriques. Si le tarzan était uniformément de couleur noire, le Focascaph lui est livré en différentes teintes métallisées du gris au jaune en passant par le bleu.fcs 4

Ce matériel va avoir du succès. Vendu par BEUCHAT, il va être aussi commercialisé par la Spirotechnique où Robert Diot va l’acquérir pour réaliser les premières cartes postales sous marines (Imprimerie SIRRA à Sanary, sur une commande de Paul Dubois le créateur du Masque Squale ) Il sera détrôné, en 1962 par le Calypsophot de la Spiro dont on connaît le succès. J’en parlerai un jour situant mes débuts lors d’un stage au CIP Bendor (une création de la spiro) avec Ludwig Silner

Mais, pour quelles raisons Georges BEUCHAT a-t-il accepté de faire mettre sur le marché son Focascaph par une entreprise concurrente ?fcs 5

Entre temps la Spiro vient de mettre en service son détendeur Mistral en 1955 et surtout par la suite le Royal Mistral de mon ami Raymond DELOIRE.

A la suite de quoi BEUCHAT commercialise à ce moment-là, le détendeur Souplair, une copie du Royal Mistral.fcs 6

 Interrogeant des anciens, il m’a été dit que Mr Pierre MARI, le directeur de la Spirotecnique s’entendait très bien avec Georges BEUCHAT, développant ainsi entre eux d’excellentes relations, sur un marché naissant, peu important mais qui n’allait pas tarder à le devenir.

Et qu’ainsi il y aurait eu un accord tacite, à l’amiable, permettant un échange de technicité sur des bases commerciales qui se révéleront fructueuses pour ces deux entreprises. Ce qui leur conservera aussi le leader-ship devant d’autres marques naissantes qui désirent elles aussi avoir une place au soleil du Monde du silence.

Je n’ai pas pu vérifier la véracité des faits évoqués ci-dessus. Mais l’histoire est belle de ces deux chefs d’entreprise, véritables pionniers, qui ont créé et fait progresser un matériel dont certains éléments sont encore dans nos sacs de plongée.

Je les ai bien connu. Ils étaient tous deux d’une intelligence élevée et d’un caractère agréable, privilégiant une entente cordiale plutôt que ces guerres commerciales à outrance, nuisibles pour tous et dont nous avons actuellement trop souvent des exemples déplorables.fcs 7

L'une des cartes postales,  réalisée par Robert Diot rn 1957, avec un Focascaph, inventé par Georges Beuchat, acheté à la Spirotechnique, Imprimée par SIRRA à Sanary sur une commande de Paul Dubois (inventeur du masque Squale à Sanary porté par le plongeur)

 

 

 

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Published by lettre-musee-dumas.over-blog.com - dans Histoire des pièces des collections
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jluc 08/04/2016 19:48

et voilà, le bon "Souplair" dont je viens d'hériter.
Un peu de nettoyage car il est resté en vitrine un certain temps et je l'essaye en mer.
amitiés Gérard.

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